Afin de mieux connaître cette espèce, peu étudiée en France, des travaux sont entrepris depuis 2010 par une équipe du Muséum national d'Histoire naturelle. Un bilan d'étape vient d'être publié.

CG92 / Olivier Ravoire
Fin février-début mars 2010, 25 pièges ont été posés dans la partie Est du parc de Sceaux. Deux objectifs : estimer leur densité avant reproduction et équiper 10 individus d'un collier émetteur permettant de localiser ces rongeurs à toutes les périodes de la journée, sans dérangement.
Equipement et observation
Chaque émetteur a une fréquence définie. Ainsi, plusieurs animaux peuvent être suivis simultanément sur un secteur donné. Les colliers émetteurs doivent être légers afin de ne pas perturber le comportement de l'animal. La limite de poids maximum admise représente 5 % du poids de l'animal. Ceux utilisés au parc de Sceaux ont une masse de 8 g, avec une durée de vie de 8 à 10 mois.
De mars à octobre 2010, les animaux équipés ont été localisés toutes les deux heures au cours des jours de suivi. L'ensemble des positions de l'animal, par mois, par saison, sur l'année, permet de mieux connaître l'espèce étudiée, en particulier son comportement, son habitat.
Dans le parc de Sceaux, l'écureuil roux est présent en forte densité : 1,5 individu/ha environ. Ces densités élevées, 10 fois supérieures à celles observées dans les forêts de feuillus de plaine, sont principalement dues à l'apport de nourriture par le public.
Afin de comparer les domaines vitaux (surfaces) utilisés par les écureuils, selon leur sexe et les caractéristiques du milieu, 5 mâles et 5 femelles ont été équipés, répartis sur la zone de nourrissage du kiosque (zone 2) et sur la zone située plus au nord (zone 1), où le nourrissage est moins fréquent, deux zones occupées par les 10 écureuils roux suivis par radiotracking au printemps et en été 2010.
Résultats de l'étude
Cette étude a montré que les écureuils du parc de Sceaux fréquentent des surfaces réduites, 3 à 4 ha, c'est-à-dire environ 5 fois inférieures à celles utilisées classiquement dans des forêts de plaines.
En revanche, contrairement à ce qui était attendu, aucune différence significative de taille de domaines vitaux entre les deux zones étudiées n'a été trouvée. Même dans les zones où le nourrissage est moins intensif, les surfaces utilisées ne sont pas plus importantes.
Sur l'échantillon d'individus suivis, mâles et femelles ont fréquenté des surfaces identiques, alors que généralement, pour cette espèce, les mâles ont un domaine vital environ 3 fois supérieur à celui des femelles.
Cette différence de surfaces utilisées entre les sexes en milieu naturel est liée au comportement de reproduction de l'espèce :
- les mâles, cherchant à s'accoupler avec le maximum de femelles, parcourent un territoire important afin de connaître l'état de reproduction des femelles (à travers l'odeur de l'urine notamment) ;
- les femelles étant réceptives que sur une courte période (une journée), les mâles doivent être présents au bon moment, et au bon endroit afin de maximiser leur chance de succès reproductif.
Ainsi, il est nécessaire pour eux de connaître précisément l'état physiologique des femelles présentes sur leur domaine vital. Toutefois, les mâles vont devoir faire un compromis : allouer beaucoup d'énergie à la reproduction sans pour autant minimiser sa survie.
La surface du domaine vital des femelles est quant à elle fonction des disponibilités en nourriture, nécessaires à sa survie et à l'élevage de ses petits. Les abris ne sont généralement pas un facteur limitant, car les écureuils construiront autant de nids que nécessaire.
La situation du parc de Sceaux est ainsi inhabituelle pour cette espèce, en relation avec le nourrissage, se traduisant par la présence de densités élevées. Elles permettent aux mâles d'avoir accès à un grand nombre de femelles sur une faible surface, et contribuent à la réduction de leurs domaines vitaux.
Des travaux sont actuellement en cours, ceci sur plusieurs années, afin d'étudier si leur reproduction est dépendante de leur densité. En effet, une "auto" réduction de la production de petits est souvent observée chez les rongeurs ou chez d'autres taxons, en présence de fortes densités.
Par ailleurs, une attention particulière est également accordée au parasitisme de ces individus (sur animaux trouvés morts) car de fortes densités sont favorables au développement de parasites, qui pourraient être à l'origine d'une mortalité massive des individus, fragilisés par exemple par des conditions climatiques défavorables.
Source : Anne Dozières, Jean-Louis Chapuis, Muséum National d'Histoire Naturelle