Le parc de la Folie Saint-James a été aménagé entre 1778 et 1784 par l'architecte paysagiste François Joseph Bélanger. Il se situe dans la veine des grands jardins pittoresques et anglo-chinois français du 18e siècle, et a été en partie réaménagé au début du 20e siècle (1922–1925) dans le courant des jardins « Art déco ». Aujourd'hui subsiste de cette époque le jardin du Temple de l'Amour. Pour préserver le site, le bâtiment de la Folie, le parc et l'ancienne chapelle ont été classés « monuments historiques » en 1922, en application de la loi de 1913.
À l'origine, le domaine de Claude Baudard de Saint-James avait une surface de 15 hectares, et s'étendait jusqu'à la Seine. Au cours du 19e siècle, un délitement progressif de la propriété et de ses jardins a aboutit au 20e siècle (1922-1925) à une recomposition du parc, introduisant des parties plus régulières et classiques dans un style Art déco : roseraie et bassin rectangulaire qui ont disparu tous les deux et le petit jardin du Temple de l'Amour, qui, lui, est toujours existant.
Aujourd'hui, le parc compte 1,8 hectare. Le conseil général des Hauts-de-Seine, qui en est le propriétaire depuis le 1er avril 2011, a mis en place un programme de restauration pour préserver l'histoire du site, et en particulier la présence des tracés historiques des jardins anglo-chinois du 18e siècle. Les travaux sont prévus en 2012 pour une durée de 2 ans.
Présentation en vidéo :
Le pavillon La cour d'honneur a gardé ses pavés d'origine. On gravit les trois marches du perron et on accède au vestibule décoré de magnifiques trompe-l'œil dans les tons ocre. Du vestibule, on passe à la salle de billard où des griffons s'affrontent sur fond écarlate au-dessus des portes. L'escalier est orné d'une splendide rampe en fer forgé du 18e siècle. La plupart des pièces du rez-de-chaussée ont conservé leurs boiseries, cheminées de marbre, parquets d'origine et décors stuqués. À gauche, se trouvent les appartements de Julie-Augustine, baronne de Saint-James, où rideaux, alcôves et fauteuils étaient habillés de toiles de Jouy. À droite, le grand salon d'angle est remarquable pour ses parures au plafond : stuc de Nicolas Lhuillier, écoinçons, caducée, lyre, flambeau ailé... Quatre baies vitrées donnent sur le jardin.
Le parc Le temple de Bacchus, le kiosque sur pilotis, la pompe à feu, le belvédère, la glacière, la laiterie et la maison chinoise ont aujourd'hui disparu. Le canal et les pièces d'eau ont été comblés. La grotte est la seule fabrique notoire qui subsiste. Le « grand pont de pierres de taille », qui enjambe un creux, est le seul reliquat du canal. On peut par contre admirer la « colonne antique », replacée au nord-ouest du parc, et le long du lycée, deux vases en pierre qui ornaient un des ponts. Il existe également un cabinet d'histoire naturelle de la Folie, dit "la chapelle", qui demeure inaccessible au public. Situé dans la villa de Madrid, c'est un petit pavillon assez délabré, au toit en verrière conique surmonté d'une flamme en tôle. L'intérieur est splendide, notamment la coupole décorée de stucs de Lhuillier. On peut observer le Temple de l'Amour, ajouté en 1925. Ses cinq colonnes proviennent du souterrain de Bélanger.
La gestion du parc Les constructions, le parc et la chapelle ont été classés monuments historiques en 1922. Depuis 1952 propriété de l'État, le site fut mis sous tutelle du ministère de l'Éducation nationale après la construction du lycée Saint-James sur une partie du parc. Les élèves traversaient une partie du parc pour se rendre à la cantine, à côté du château. Le pavillon accueillait les locaux administratifs de la cité scolaire. Il ne contient donc plus ni mobilier ni objet d'art.
La naissance d'un grand projet autour de la Vallée de la culture en 2007, reliant les hauts lieux culturels de la vallée de la Seine, a permis d'affirmer la volonté de valoriser les sites patrimoniaux existants. À Neuilly-sur-Seine, le parc de la Folie Saint-James, symbole des jardins pittoresques et anglo-chinois du 18e siècle, appartient pleinement à ce projet.
Dès 2006, suite à la reconstruction de la cité scolaire de la Folie Saint-James, le département a souhaité que l'État, propriétaire du site depuis 1952, procède au transfert de propriété du nouveau collège Théophile Gauthier ainsi que de l'ensemble des espaces extérieurs comprenant notamment le château et le parc.
Le conseil général s'est engagé auprès de la DRAC Île-de-France à entreprendre les études préalables à la restauration du parc et de ses fabriques, comprenant une étude paysagère, une étude historique et une étude archéologique. Une équipe pluridisciplinaire de maîtrise d'œuvre dirigée par monsieur Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des Monuments historiques, a été désignée en 2010 pour réaliser le projet.
Du 29 novembre au 3 décembre 2010, le conseil général a effectué des sondages archéologiques au parc de la Folie Saint James à Neuilly-sur-Seine.
Ces sondages correspondent à des mesures géophysiques prises sur l'ensemble du site, permettant d'avoir une vision partielle des éléments du sous-sol sans avoir besoin de toucher à la structure du sol (pas de tranchées…). Elle est la seule méthode qui permette d'obtenir, de manière non destructrice, des informations sur les structures présentes dans le sous-sol et qu'aucun indice ne signale en surface. Ces travaux ont été réalisés avec des méthodes respectant l'environnement.
Les résultats ont permis de compléter les études historiques et paysagères actuellement menées par l'équipe pluridisciplinaire dirigée par l'agence de l'Architecte en chef des monuments historiques Pierre-Antoine Gatier. Elle est composée d'un architecte, un historien des jardins, un paysagiste, un archéologue des jardins, un hydraulicien et d'un éclairagiste.
Les résultats des études historiques, paysagères et archéologiques ont été rendus début 2011 et ont permis de définir plus précisément les orientations de restauration du parc.
La phase de concertation terminée, l'architecte en chef des monuments historiques, qui a été désigné en juillet 2010, travaille à affiner le projet dans le respect du lieu, de son histoire et des besoins actuels. Il s'agit du groupement Pierre-Antoine Gatier / Alter-Egos / Cabinet Jean-Pierre Lecot / Fontaine Développement / Sendie SAS.
Les travaux pourront alors débuter à partir de fin 2011 et jusqu'en 2013. Ces délais importants sont nécessaires pour faire revivre ce lieu emblématique au cœur de la ville, qui restera ouvert pendant toute la durée des travaux.
Le projet de restauration du parc de la Folie Saint-James englobe des problématiques paysagères, historiques et fonctionnelles. Il a pour vocation d'intégrer les éléments suivants : - prendre en compte les traces historiques subsistantes du 18e siècle ; - offrir l'illusion du jardin pittoresque initial ramené aux proportions actuelles ; - valoriser et intégrer la façade du château au projet paysager, côté jardin ; - valoriser les fabriques du 18e siècle subsistantes tout en intégrant les mesures de sécurité du public nécessaires (restaurer et valoriser le pont palladien et la colonne dorique, valoriser les vues sur la fabrique du Rocher) ; - évoquer les jardins anglo-chinois : le projet pourra suggérer les structures paysagères majeures (rivière, île…) et les fabriques disparues par des symboles structurels ou végétalisés ; - préserver les espaces paysagers de style « Art déco » datant des années 1920 ; - prendre en compte de nouveaux usages de fréquentation du public tels que la possibilité d'organiser de petits événements et manifestations culturels ; - intégrer les enjeux environnementaux dans les procédés de mise en œuvre et de gestion future.
Les grandes dates qui ont marqué l'histoire du domaine
1952 : Acquisition du domaine par l'État. L'Éducation nationale transforme la propriété en établissement scolaire, d'abord lycée de jeunes filles puis cité scolaire avec un premier établissement en fond de parcelle.
1999 : La tempête de décembre a entraîné la perte d'un quart des arbres du parc ; le conseil général des Hauts-de-Seine est intervenu pour sa mise en sécurité.
2006 : Reconstruction de la cité scolaire de la Folie Saint-James. La propriété du nouveau collège Théophile Gauthier est transférée par l'État au département des Hauts-de-Seine.
2010 : Une équipe pluridisciplinaire de maîtrise d'œuvre dirigée par monsieur Pierre-Antoine Gatier, architecte en chef des Monuments historiques, a été désignée pour la restauration du parc.
1er avril 2011 : le parc de la Folie Saint-James devient le 20e parc départemental des Hauts-de-Seine.
La naissance de la Folie
Au moment de son acquisition, le bâtiment, construit en 1638, n'a l'apparence que d'une simple maison de maître. D'allure classique, il a la forme d'un fer à cheval. Entre 1779 et 1795, le baron ajoute sur l'angle gauche un pavillon aux lignes palladiennes, en brique et en pierre (qui sera crépi de rose en 1950). Il l'agrémente d'un « jardin-spectacle ».
M. de Saint-James sollicite le célèbre François Joseph Bélanger, premier architecte du comte d'Artois et l'un des plus grands paysagistes de son époque. L'architecte habille la façade du pavillon de néoclassique : portique à quatre colonnes ioniques, fronton armorié, frises de palmette, camées à l'antique... Pour le propriétaire, il ne s'agit ni plus ni moins que de rivaliser avec la Folie d'Artois, actuel Bagatelle, sise non loin de là, au cœur du bois de Boulogne.
«St-James Vue du chateau coté de la Seine» (extrait), lithographe sur papier de Chine, anonyme, 19e siècle. Collection Musée de l'Ile-de-France. Photo : Benoît Chain
La création du parc
Contemporain de la maison, l'aménagement du parc a commencé dès 1777. Bélanger le conçoit sur le modèle des jardins pittoresques et anglo-chinois du 18e siècle en France, typiques des parcs à fabriques à la mode à l'époque, tels le Petit Trianon à Versailles, Bagatelle ou le parc Monceau à Paris. D'une superficie de 12 hectares, il s'étend alors des deux côtés de l'avenue de Longchamp et les parties communiquent par deux souterrains. Un canal sinueux le traverse, agrémenté de multiples ponts, de grottes et autres fabriques. Le domaine comportait une extension vers la Seine dont l'eau, via une "pompe à feu", alimentait le canal.
La pièce maîtresse du parc est sans conteste le « Grand Rocher ». Cet imposant empilement de blocs de grès, rapportés de la forêt de Fontainebleau, abrite thermes et réserve d'eau destinée à alimenter les bassins. Au centre, un temple, un portique composé de six colonnes doriques, se dresse. On pénètre alors dans « l'Antre primordiale », une grotte obscure, puis dans le « Salon des bains », réplique des thermes de Caracalla décorée de stucs jaunes et de caissons blancs. On traverse enfin une galerie pavée de galets qui débouche sur la pièce d'eau. Prix : 1 600 000 livres, dit-on...
La fin de l'aventure
Baudard de Saint-James fit faillite le 2 février 1787. Ruiné, il vit ses biens saisis. Il mourut peu de temps après, à Puteaux, chez Jean-Maurice de Faventine, son beau-frère. Le duc et la duchesse de Choiseul-Praslin achetèrent à bon prix le domaine aux enchères. Ils le cédèrent en 1795 à la famille Bobierre qui le loua. En 1811, il est morcelé en six lots et à nouveau vendu en 1812.
Amputé par pans successifs, il se dégrada peu à peu. Il connut un regain de faste dans les années 20, quand les nouveaux propriétaires, les Lebel, le rénovèrent : ils créèrent notamment le jardin Art déco, un jardin clos avec un temple d'amour et un bassin d'inspiration mauresque.
Entre 1944 et 1947, la Folie fut occupée par les Allemands, puis par les Américains, et les communs furent fortement endommagés. La famille Lebel la vend alors à l'État. «Plan du parc de la Folie Saint-James à Neuilly - Plan d'architecte» (1811) C. L. Seitz. Collection Musée de l'Ile-de-France. Photo : Benoît Chain.
Accès libre
Superficie 1, 8 hectares
Téléphone d'urgence 01 41 87 28 60
Horaires 1er octobre au 31 mars de 8 h à 18 h / 1er avril au 30 septembre de 8 h à 20 h
Moyens d'accès Métro le plus proche : station « Pont de Neuilly » La grille d'honneur du château est 34, avenue de Madrid
Le livre de référence Gabrielle Joudiou : « La Folie de M. de Saint-James », 2001 Editions Spiralinthe, 144 pages - 42,68 euros